Allo… allo, rien ne va plus!
La téléphonie mobile au Liban fait face à des défis majeurs ©Ici Beyrouth

Rien ne va plus! Impossible de se connecter normalement à Internet ou d’avoir une conversation téléphonique sans interruption. Sans compter que les pannes et dysfonctionnements se succèdent à travers le pays alors que l’augmentation de la tarification requise pour la survie du secteur a bel et bien été mise en œuvre. Il est peut-être grand temps de prendre des mesures urgentes pour remettre les Télécoms sur pied et garantir à la population un service de qualité, essentiel dans un monde de plus en plus connecté.

La téléphonie mobile au Liban, autrefois considérée comme l'un des secteurs les plus dynamiques et modernes de la région, fait face à des difficultés majeures qui affectent non seulement les utilisateurs, mais aussi l'économie du pays. Le mauvais fonctionnement des réseaux de téléphonie mobile, notamment les fréquentes coupures et les connexions lentes, sans compter l’arnaque aux factures, sont devenus une source de frustration pour les Libanais. Les abonnés aux services de téléphonie mobile se plaignent régulièrement des coupures de signal, des interruptions de service, des appels échoués et des lenteurs de la connexion Internet qui sont, malheureusement, désormais une réalité quotidienne. Les deux opérateurs du pays, Alfa et Touch, peinent à fournir un service stable. Les pannes de réseau sont fréquentes et, dans certaines régions, l'accès à la 3G ou à la 4G reste un luxe qui fait rêver. Même les zones urbaines, censées être mieux couvertes, ne sont pas épargnées par ces dysfonctionnements. Cette dégradation du service a des répercussions importantes sur la vie professionnelle et personnelle des Libanais, qui dépendent largement de leurs téléphones.

Pourquoi cette situation problématique? La crise économique, devenue l’excuse de tous les maux, a rendu difficile l'importation des équipements nécessaires au bon fonctionnement et à l’entretien des réseaux de téléphonie mobile. Les opérateurs crient haut et fort qu’ils manquent de moyens financiers pour entretenir et moderniser leurs infrastructures. Cette situation a conduit à une stagnation technologique, alors que la demande pour des connexions plus rapides et fiables ne cesse d'augmenter. Pourtant, des sources bien informées assurent à Ici Beyrouth que les opérateurs ont les moyens nécessaires pour entretenir le réseau, le moderniser et le développer afin d’assurer un service de qualité aux Libanais  

Il convient de rappeler aussi que le ministère des Télécoms qui soutient les opérateurs a engrangé beaucoup d’argent avec les contrats d’achat et la tarification de la téléphonie mobile, qui avant la dévaluation de la livre étaient parmi les plus chers au monde. Où est donc passé tout cet argent ? Sûrement encore dans les méandres de la corruption qui gangrène tous les ministères.

Alfa se défend

L’opérateur Alfa assure à Ici Beyrouth qu’il fait face à d’importants défis depuis 2020, principalement en raison de la crise économique. L’opérateur a déclaré avoir subi de nombreux vols de carburant et d'équipements sur plusieurs sites, ce qui a nui à la qualité du service. En 2024, il a subi 100 vols, contre 152 vols en 2023. De plus, les rationnements d’électricité ont lourdement impacté le fonctionnement du réseau. Alfa a mis en place des solutions, dont l’installation de panneaux solaires (420 des sites en sont équipés) et de générateurs supplémentaires sur certains sites afin d’assurer une alimentation électrique continue (24/7) et d'améliorer la capacité du réseau et la disponibilité du service

Concernant les tarifs, Alfa se défend en indiquant avoir “ajusté ses tarifs” le 1er juillet 2022, à la suite de la forte dépréciation de la livre libanaise, afin de garantir la continuité du service. “Ce schéma tarifaire ajusté représente en fait une baisse de 67% des tarifs d’avant la crise de 2019 (le prix initial ayant été divisé  par trois), puis fixé sur la base du taux de la plateforme Sayrafa”, explique l’opérateur. Pourtant les abonnés se plaignent de factures mirobolantes. Ce à quoi, il répond: “L’ARPU actuel (revenu moyen par utilisateur) est de 7,7 dollars, soit plus de 65% de moins qu’avant la crise”, précisant que “celui-ci est inférieur de près de 50% à la moyenne régionale qui s'élève à 14 dollars, alors que le coût de l'énergie au Liban est nettement plus élevé que dans la région”.

Pour ce qui est d’Internet, le réseau d’Alfa supporte actuellement un trafic de données sans précédent, avec une demande en constante augmentation. Le trafic de données a ainsi augmenté de 24% en 2024 et la consommation moyenne de données par utilisateur de 12%. Alfa estime que ces résultats ont été possibles grâce à une stratégie et malgré la suspension des investissements. L’opérateur relève aussi que certains composants du réseau de base sont hors service, ce qui nécessite des travaux de maintenance ou de remplacement. D’ailleurs, un plan de modernisation est en cours pour améliorer la préparation et la fiabilité du réseau.

Sans oublier qu’en raison de la guerre, Alfa a dû mettre en œuvre d’importantes solutions. Ainsi, un plan d’urgence a été mis en place après la guerre dans les zones accessibles et à faible risque, qui a permis de remettre 99% des sites en service en seulement deux semaines. En outre, un plan post-guerre est toujours en cours pour rétablir les services dans les sites partiellement ou totalement endommagés dans les zones frontalières du Sud qui étaient jusque-là inaccessibles.

La disponibilité actuelle est de plus de 97% si l'on ne tient pas compte des sites endommagés, et de 92% en en tenant compte.

Pour ce qui est de la consommation très rapide des données, constatée par plusieurs abonnés, Alfa assure que son équipe de support client est prête à examiner toute demande individuelle concernant la consommation de données et à fournir des recommandations personnalisées en fonction des habitudes de consommation et de l'appareil utilisé.

L’opérateur Touch n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Toujours est-il que le mauvais fonctionnement de la téléphonie mobile n'a pas seulement des conséquences sur la vie quotidienne des Libanais, mais il impacte aussi l'économie du pays. De nombreux secteurs, notamment les entreprises qui dépendent de la communication mobile, sont confrontés à des pertes de productivité et à une qualité de service dégradée.

Face à cette situation, de vraies réformes sont nécessaires pour relancer un secteur qui devrait être un moteur important de l'économie libanaise.

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