Au Liban, deux guerres successives entre le Hezbollah et Israël ont fait voler en éclats des décennies de tabous politiques. Longtemps, évoquer la paix avec Israël relevait de l’interdit.
De même, aborder des sujets sensibles concernant le Hezbollah se heurtait à une ligne rouge infranchissable, étrangère aux standards d’un débat démocratique.
Mais la guerre, conjuguée à l’affaiblissement du Hezbollah, a libéré la parole. Des sujets autrefois bannis s’invitent désormais dans le débat public, au premier rang desquels l’accord du 17 mai 1983, abordé aujourd’hui avec une liberté nouvelle, souvent teintée de regret.
Conclu dans la foulée de l’invasion israélienne de Beyrouth en 1982, cet accord traduisait un rapport de forces et une conjoncture politique précis. Il ouvrait la voie à des négociations directes entre le Liban et Israël, avec pour objectif central la fin de l’état de guerre. Mais il fut rapidement torpillé par la Syrie, contraignant le président Amine Gemayel à rétropédaler.
L’Intifada du 6 février 1984 porta un coup décisif à cet accord. Sous la pression des événements, le président Gemayel fut contraint d’abroger un accord pourtant ratifié par le Parlement et signé par des représentants de l’ensemble des composantes du pays
Le texte prévoyait notamment la fin des hostilités, le retrait total des forces israéliennes et l’établissement d’une zone de sécurité le long de la frontière, sous supervision américaine. Il incluait également des dispositions classiques visant à lever tout obstacle juridique à sa mise en œuvre.
Quarante ans plus tard, le Liban réclame aujourd’hui ce qui lui était alors proposé — et refusé sous pression syrienne — tandis qu’Israël, désormais en position de force, n’entend plus concéder que le strict minimum.
Si la paix avait été entérinée en 1983, le Liban aurait sans doute échappé à une partie de son engrenage tragique. L’Iran postrévolutionnaire n’aurait peut-être pas trouvé le terrain propice à l’implantation du Hezbollah, et la tutelle syrienne n’aurait pas ancré le pays dans un cycle de dépendance et de conflits régionaux qui perdure depuis quatre décennies.
Un accord demeure envisageable à l’issue des hostilités actuelles. Mais il sera, selon toute vraisemblance, nettement moins favorable que celui du 17 mai. Les équilibres ont changé, tout comme la manière dont le Liban est désormais considéré.
C’est là le prix des rendez-vous manqués de l’Histoire, et il continue de se payer, jour après jour. Force est de constater que l’ombre de la tutelle syrienne continue de peser sur le pays. Maudite soit cette époque.



Commentaires