Sous le soleil, Shina Shabso prépare des pâtisseries traditionnelles fourrées au fromage pour un mariage à la frontière israélienne avec le Liban, une célébration bienvenue dans le village circassien de Rehaniya après des semaines de guerre.

Au sein de la minuscule communauté israélienne de Circassiens répartie entre deux villages du nord du pays, on prépare ces pâtisseries frites en forme de demi-lune connues sous le nom de «halyuj» pour honorer les invités lors des fêtes, ou réconforter en temps de deuil.

Comme leurs voisins juifs et arabes, les Circassiens - des musulmans sunnites qui servent dans l'armée israélienne - ont vu leur vie bouleversée par les récents combats, mais connaissent un répit avec le fragile cessez-le-feu en vigueur depuis mi-avril.

«Préserver la cuisine traditionnelle, en particulier le fromage circassien, est très important» pour cette minorité comptant environ 5.000 personnes en Israël, explique Shina Shabso, en garnissant ses pâtisseries de fromage fait maison, une tradition transmise au sein des familles depuis des générations.

«Il faut que la prochaine génération sache d'où nous venons, ce que les gens mangeaient autrefois et comment ils le faisaient», poursuit l'artisane de 32 ans, qui gère sa boutique avec son mari Itzik.

Elle tenait auparavant ce discours devant des groupes de touristes, encore plus rares depuis que la région s'est retrouvée à partir de début mars sous le feu du Hezbollah pro-iranien, en guerre avec Israël.

Pour l'heure, le ciel est dégagé et seuls quelques bruits sourds résonnent au loin, de l'autre côté de la frontière à environ quatre kilomètres.

«Gens de parole» 

Les Circassiens sont originaires du Caucase du nord, une région montagneuse située entre la mer Noire et la mer Caspienne, correspondant principalement aujourd'hui au sud de la Russie.

Ils ont été massacrés et expulsés de force par les troupes russes entre 1860 et 1864, dans ce que leurs descendants veulent faire reconnaître comme un génocide, qu'ils commémorent chaque 21 mai.

L'histoire dit qu'à cause de leur réputation de combattants talentueux et loyaux, les Circassiens ont été amenés au Moyen-Orient par l'Empire ottoman au milieu des années 1870 et ne l'ont jamais quitté.

«Quand les dirigeants changeaient, les Circassiens restaient fidèles, ce sont des gens de parole», affirme Zuher Tchaocho, directeur du musée circassien de Kfar Kama, l'autre village circassien du nord d'Israël.

Aujourd'hui, la communauté compte cinq millions de personnes dans le monde, dont trois millions en Turquie, 120.000 en Syrie et 100.000 en Jordanie, le reste étant réparti entre Russie, Europe et États-Unis.

Zuher Tchaocho, 52 ans, parle hébreu, mais sa langue maternelle est le circassien - une langue riche basée sur 64 lettres de l'alphabet cyrillique, utilisée ici sur les panneaux des rues aux côtés de l'hébreu et de l'arabe.

«C'est le seul endroit au monde où les enfants apprennent le circassien dans le cadre du système éducatif», précise-t-il.

Langue vivante 

«Nous avons conservé notre identité circassienne à 100%», s'enorgueillit Riyad Gosh, 80 ans, ancien responsable du patrimoine circassien au ministère israélien de l'Éducation.

«Mais nous sommes un peuple qui est en train de disparaître, parce que beaucoup ne parlent pas la langue, elle n'est pas préservée comme nous la préservons ici», regrette l'homme à la casquette verte ornée de 12 étoiles dorées et de trois flèches croisées, l'emblème du drapeau circassien.

À Rehaniya, l'ambiance est à la fête alors que les célébrations du mariage commencent, des plateaux de pâtisseries au fromage circulant pendant que le marié se dirige vers la maison de la mariée devant un cortège dansant au son de chansons traditionnelles à l'accordéon.

Tous deux sont originaires d'ici. «Les habitants veulent continuer à n'épouser que des Circassiens et, jusqu'à présent ils y sont parvenus, mais c'est difficile de trouver quelqu'un en se limitant à ces deux villages» - 1.500 personnes à Rehaniya et 3.500 à Kfar Kama - reconnaît M. Tchaocho.

Et personne n'envisage de partir, même si la région a été plusieurs fois au coeur de conflits avec le Hezbollah libanais ces dernières années, assure Shina Shabso.

«Nous nous sentons liés à l'État d'Israël, nous sommes vraiment attachés aux Israéliens d'ici, c'est une part inséparable de ma vie», décrit-elle.

Par Hazel WARD/AFP

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