Négociations Liban-Israël: un plan égyptien en vue?

L’Égypte chercherait à se repositionner diplomatiquement dans les négociations en cours entre le Liban et Israël, alors que les pressions américaines s’intensifient autour de l’éventualité d’une rencontre entre le président libanais, Joseph Aoun et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou.

Si derrière cette initiative se cache une volonté d’ «arabiser» le dossier, il n’est pas sans préciser, que l’Égypte n’agit aucunement de manière indépendante, puisque sa démarche s’inscrirait dans un cadre impulsé par Washington.

Interrogé sur le rôle potentiel du Caire dans ce processus, David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques et spécialiste du Moyen-Orient, souligne que «L’Égypte développe ses efforts pour favoriser une désescalade dans la confrontation en cours entre Israel et le Hezbollah, en dépit du cessez-le-feu, de plus en plus théorique». 

Dans ce cadre, et alors que les échanges diplomatiques autour du dossier se seraient multipliés, de nouvelles informations laisseraient entrevoir une possible concrétisation de cette implication égyptienne sur le terrain. Une délégation égyptienne serait ainsi attendue au Liban dans les prochains jours.

L’objectif d’une telle visite serait, pour le Caire, de proposer un plan, qui ne serait pas, à ce stade, officiellement entériné et qui serait articulé autour de plusieurs axes. Il reposerait ainsi sur une approche graduelle fondée sur un accord de non-agression, inspiré d’une version renforcée de la résolution 1701. Il prévoirait, en parallèle, un retrait israélien par étapes, débutant par un repositionnement vers les cinq points où Israël avait précédemment maintenu ses forces, avant un retour progressif jusqu’à la Ligne bleue.

Le dispositif inclurait également une neutralisation des armes du Hezbollah au nord du Litani, ainsi que l’ouverture de négociations sur les points de litige le long de la frontière, en amont d’éventuels pourparlers directs entre le Liban et Israël, qui pourraient éventuellement se tenir en Égypte.

Une telle approche viserait, dès lors, à contourner les blocages politiques internes libanais, où l’hypothèse d’un accord de paix formel demeure largement rejetée, notamment par les principales forces chiites, à savoir le Hezbollah et le mouvement Amal. En ce sens, l’option d’un accord limité, sans reconnaissance diplomatique explicite, apparaîtrait comme un compromis minimal susceptible de préserver les équilibres internes, tout en répondant aux exigences sécuritaires israéliennes.

Coordination avec Washington et marges de manœuvre

Si l’Égypte cherche à se repositionner comme interlocuteur régional crédible, son action resterait étroitement imbriquée dans une dynamique diplomatique largement structurée par les États-Unis. Le cadre général des négociations, le calendrier des discussions ainsi que les garanties sécuritaires évoquées seraient en effet impulsés par Washington, qui continuerait de jouer un rôle central dans la médiation. Selon David Rigoulet-Roze, «la triangulation entre Israël, les États-Unis et le Liban rend l’intervention d’acteurs extérieurs limitée». «Du point de vue israélien, il n’y aurait pas de volonté de voir émerger des interférences extérieures, comme on aurait pu le constater avec les critiques adressées à la position française», ajoute-t-il.

Pour autant, cette implication ne serait pas dénuée d’arrière-pensées stratégiques. L’Égypte tenterait parallèlement d’«arabiser» le processus, en évitant qu’il ne soit perçu comme exclusivement américano-israélien et en réintroduisant une forme de couverture politique arabe. Cette posture lui permettrait de renouer avec un rôle traditionnel de médiateur dans les crises régionales, tout en se positionnant face à d’autres acteurs concurrents, notamment les pays du Golfe.

Un rôle encore contraint

Reste que cette tentative de repositionnement se heurterait à plusieurs limites structurelles. D’une part, les divisions internes libanaises continueraient de freiner toute avancée substantielle, en particulier sur les questions sensibles liées au désarmement du Hezbollah et à la nature même d’un éventuel accord avec Israël. D’autre part, la centralité du rôle américain réduirait mécaniquement la marge de manœuvre égyptienne, cantonnant son intervention à un rôle d’accompagnement.

Aujourd’hui, l’initiative du Caire apparaîtrait moins comme une alternative à la médiation américaine que comme un complément visant à stabiliser le processus et à en élargir la base diplomatique.

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