Préface du rapport mensuel de l’Association des banques du Liban
Mai 2026
Depuis l’éclatement de la crise financière au Liban, il est devenu courant de résumer ce qui s’est produit par l’expression «crise bancaire», comme si tout ce que le pays traverse depuis 2019 résultait uniquement d’erreurs isolées ou d’une mauvaise gestion du secteur bancaire.
Or, les développements internationaux et les études récentes publiées par les grandes institutions financières mondiales remettent les pendules à l’heure, dans un cadre scientifique exact: le Liban a connu une «crise systémique», c’est-à-dire une crise ayant touché l’ensemble de la structure financière, monétaire et économique de l’État, ainsi que la Banque du Liban, avant de se répercuter sur les banques.
Dans ce contexte, le rapport publié par le Fonds monétaire international en mai 2026 revêt une importance particulière, puisqu’il inclut officiellement le Liban parmi les pays ayant connu des crises systémiques entre 1970 et 2025.
Mais au-delà du simple classement, c’est surtout l’analyse proposée par le rapport qui mérite l’attention. Celui-ci indique clairement que nombre de crises bancaires systémiques récentes ne sont pas nées au sein même du secteur bancaire, mais résultent plutôt de «chocs négatifs majeurs extérieurs au secteur financier et qui ont affecté les bilans des banques».
Et c’est là le point essentiel.
Le rapport ne fait pas porter la responsabilité uniquement aux les banques. Il inscrit la crise libanaise dans la catégorie des crises provoquées par des effondrements plus larges encore:
- des finances publiques;
- de la dette souveraine;
- des politiques monétaires;
- du taux de change;
- et de la capacité de l’État à poursuivre le financement de son ancien modèle économique.
Autrement dit, la crise n’était pas celle d’une ou deux banques, mais bien celle d’un modèle économique et financier dans son ensemble, impliquant l’État et la Banque du Liban pour s’étendre au secteur bancaire et à l’économie nationale, tous frappés simultanément par un même effondrement.
Cette qualification scientifique internationale revêt une importance majeure dans toute réflexion concernant un plan de réforme ou de restructuration.
Par conséquent, si la crise est «systémique», sa résolution doit l’être tout autant. Cela signifie que la répartition des pertes et des responsabilités ne saurait incomber sur une seule partie en considérant les autres composantes du système comme hors-jeu.
Dès lors, il devient illogique:
- de faire porter aux banques l’intégralité des pertes;
- de traiter la crise comme une simple série de défauts bancaires classiques;
- ou d’ignorer le rôle de l’État ainsi que des politiques financières et monétaires qui ont largement conduit à la situation actuelle.
De même, tout plan qui conduirait de facto à la disparition de la plus grande partie du secteur bancaire ne saurait être considéré comme une véritable réforme, qui plus est ne serait que pure injustice. Au-delà, il constituerait un facteur supplémentaire d’aggravation de l’effondrement économique et compromettrait toute possibilité future de restitution des dépôts et de relance de l’économie.
La protection des droits des déposants doit demeurer l’objectif fondamental de tous. Mais cette protection ne peut passer par la destruction du secteur censé redevenir, demain, l’un des principaux leviers de confiance, de financement et de croissance.
Les expériences internationales ont démontré que la gestion des crises systémiques nécessite:
- une répartition réaliste et équitable des pertes;
- une contribution effective de l’État, assumant une responsabilité primordiale dans cette crise;
- une recapitalisation progressive et viable;
- ainsi que le maintien de la continuité du secteur bancaire.
Quant aux solutions fondées uniquement sur l’effacement des capitaux sans traitement structurel des causes de l’effondrement, elles ne feront que prolonger et compliquer davantage la crise.
Reconnaître le caractère systémique de la crise libanaise ne constitue pas une tentative d’échapper aux responsabilités; c’est au contraire le préalable indispensable à toute solution réaliste, juste et durable.
Note: la préface rédigée par le secrétaire général dans les publications périodiques de l’Association des banques du Liban reflète son opinion et son analyse personnelles des faits. Son contenu n’engage en aucune manière l’association et demeure sous l’entière responsabilité de son auteur.



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