Dans toute grande crise financière, la question la plus épineuse reste toujours la même: comment répartir les pertes? Dans le cas du Liban, il est illusoire de faire porter l’entière responsabilité à une seule partie. L’effondrement de 2019 est une crise systémique, fruit de politiques financières, monétaires et bancaires menées des années durant.

Reconnaître la multiplicité des responsabilités ne signifie pas pour autant que les pertes doivent être réparties de manière arbitraire, ni que les déposants doivent servir de variable d’ajustement.

Le principe directeur de toute loi sur la régularisation financière et la restitution des dépôts doit être clair: les pertes doivent être assumées en fonction de la responsabilité de chacun et de sa capacité réelle à les absorber, et non en fonction de la facilité d’accès aux fonds des déposants.

À ce jour, l'une des questions centrales demeure : quelle est la responsabilité de l’État vis-à-vis de la Banque du Liban (BDL)?

Le bilan de la BDL révèle d’énormes obligations envers les banques et les déposants, tandis que l’État accumule déficits et dette publique. Il est aussi le principal interlocuteur de sa banque centrale. Ignorer cette relation serait une erreur.

Tout plan sérieux doit commencer par clarifier les engagements financiers de l’État envers la BDL, en chiffrant précisément ce qu’il peut supporter dans le cadre d’un plan à long terme. Faute de quoi, la charge risque de peser essentiellement sur les banques et, en dernier ressort, sur les déposants.

Reconnaître cette responsabilité ne signifie pas que l’État puisse couvrir immédiatement l’ensemble des pertes: ses capacités budgétaires sont limitées. Mais, il y a une différence fondamentale entre assumer sa part de responsabilité par un mécanisme réaliste et l’ignorer comme si la crise s’était produite en dehors de son champ d’action.

Après l’État vient la BDL. Il est indispensable d’établir la vérité sur son bilan: volume des actifs, engagements, réserves mobilisables et pertes à comptabiliser. Une loi historique ne peut reposer sur des chiffres incertains.

Quant aux banques, chaque établissement doit être évalué individuellement. Une banque insolvable doit être traitée dans un cadre clair, tandis qu’une banque viable doit être recapitalisée pour poursuivre son activité.

Certaines approches réduisent la crise à une simple question de «qui paie». Or, la véritable interrogation est aussi : comment préserver la capacité de l’économie libanaise à se relever? La faillite de banques viables ne restituera pas les dépôts, mais compromettra au contraire les chances futures de les récupérer.

In fine, une loi équitable n’est pas celle qui protège une seule partie, mais celle qui définit la responsabilité de chacune d’entre elles.

L’État doit assumer ses responsabilités, la BDL doit présenter un bilan transparent, les banques doivent assumer ce qui leur incombe. Les déposants, enfin, ne doivent pas devenir les seuls à payer le prix d’un effondrement dont ils ne sont pas responsables.