Le Libanais Nadim Nassif a créé un classement mondial en 2014, le World Ranking of Countries in Elite Sport, visant à classer les pays en fonction de leur performance sportive. Plus révélateur par exemple que le classement olympique des médailles, ce classement accorde notamment une pondération à chaque sport en fonction de sa popularité et son universalité. Dans une interview à Ici Beyrouth, Nadim Nassif nous expose sa vision sur ce plan.

Ici Beyrouth : Pouvez-vous nous raconter votre parcours dans le domaine du sport qui vous a amené à plancher sur ce classement ?

Nadim Nassif : J’ai obtenu une licence en éducation physique à Balamand, puis un master en management du sport entre l’Angleterre, l’Italie et la Suisse. Ensuite, j’ai poursuivi un master de recherche en histoire du sport en Angleterre avant de décrocher un doctorat en sociologie du sport à l’Université de Grenoble. J’ai terminé mes études en 2013. Parallèlement à mes études, j’ai été entraîneur de futsal et je suis actuellement l’assistant de l’entraîneur et le préparateur physique de l’équipe nationale du Liban de futsal pour les seniors, les juniors et les féminines. (…) Et je suis instructeur de Futsal pour la Fédération asiatique de football. Mes recherches scientifiques portent sur la gouvernance du sport et les facteurs qui permettent aux pays de réussir dans ce domaine.

IB : Vous avez fondé un classement en 2014, visant à identifier les meilleures nations sportives en fonction de leurs performances. Pouvez-vous nous parler de ce classement et de sa méthodologie ?

NN : Depuis longtemps, je considère que le tableau des médailles des Jeux Olympiques est imparfait. Il ne reflète pas vraiment la performance des pays. Par exemple, la Norvège gagne de nombreuses médailles dans les Jeux Olympiques d’hiver, mais relativement peu de pays pratiquent les disciplines des sports d’hiver. En ski de fond et en biathlon, une nation peut gagner trois ou quatre médailles d’or, alors que gagner la coupe du monde de football ou de rugby, cela ne rapporte aucune médaille. Gagner le tournoi Olympique de volley-ball ne rapporte aussi qu’une seule médaille, alors que plus de 200 pays dans le monde pratiquent ce sport. J’ai donc voulu créer un classement qui mesure les performances sportives de manière précise et détaillée. Dans ce classement, j’accorde une certaine pondération, qui diffère d’un sport à l’autre. Après avoir classé les nations, indépendamment pour chaque sport, je multiplie les points par un coefficient de pondération qui dépend de la popularité et de l’universalité de chaque sport. Plus le sport est populaire et universel, plus son coefficient sera important. Ainsi, une première place en football ou en basket rapporte beaucoup plus de points qu’une première place en curling.

IB : Cela ne donne-t-il pas trop d’importance à des sports comme le football et le basket ?

NN : Oui, cela leur donne beaucoup d’importance, mais à juste titre. Pour être champion du monde de football, il faut vraiment se détacher du lot dans la mesure où la compétition se dispute entre 211 pays, et dans 190 de ces pays, le football est le sport numéro un. Le football a un coefficient de 124.56, alors que le total des coefficients pour tous les sports est de 1443, soit 8.6 % du total. Quant au basket, il a un coefficient de 101.47, soit près de 7 % du total.

IB : La démographie des pays est-elle prise en compte ? Par exemple, le fait que de petits pays comme la Croatie ou l’Uruguay brillent en coupe du monde de football, leur accorde-t-il plus de points dans votre classement ?

Non, cela n’est pas pris en compte. Le classement prend en compte les résultats uniquement, et pas les facteurs qui ont permis aux nations de réaliser les performances. Mais ce classement a contribué à déterminer quels sont les facteurs qui ont permis aux pays de réussir dans le sport. Et j’espère écrire un livre à ce sujet dans les deux années à venir.

IB : Quels sont ces facteurs déterminants dans la réussite sportive d’une nation ?

J’ai fait une étude de corrélation sur six ans de 2014 à 2019, entre performance sportive et population, performance sportive et PIB, performance sportive et recherche scientifique. La corrélation entre sport et population a été faible. Avoir un nombre important d’habitants ne sert donc pas à grand-chose. Et dans des pays de plus de 6 millions d’habitants, la corrélation devient négative. Par contre, la corrélation entre sport et PIB est plus importante, de même que la corrélation entre sport et recherche scientifique. Il faut donc de l’argent et du savoir-faire pour réussir dans le sport. Une grande population ne sert à rien.

IB : Qu’en est-il de la corrélation entre sport et démocratie ?

NN : La corrélation n’est pas forte. Beaucoup de pays, qui ne sont pas démocratiques, sont performants en sport. La corrélation par exemple entre la performance sportive et le Freedom Press Index (FPI), réalisé par Reporters Sans Frontières, n’est pas très forte. Des pays comme la Biélorussie, la Russie, le Kazakhstan et la Chine, qui sont des dictatures, sont performants, voire très performants en sport. Et des pays démocratiques, tels que les USA, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, sont eux aussi très performants dans le sport. Un facteur déterminant pour la réussite dans le sport est l’intérêt politique. Et l’intérêt politique, pour le sport, est indépendant du statut, démocratique ou dictatorial, du pays.

IB : Depuis la création de ce classement en 2014, quelle a été la position du Liban ?

NN : Le Liban a toujours terminé entre la 90eme et la 100eme place, à l’exception de 2016 où nous avons été classés 114eme.

IB : Quel est le sport pour lequel nous avons le meilleur classement ?

Le Liban a eu de très bons résultats en Wushu en 2019, où nous avons terminé autour de la dixième place, tout comme en rugby à treize.

Pour plus d’informations, voici un lien vers le site officiel du classement qui explique la méthodologie détaillée du classement, ainsi que le classement 2021, qui voit les États-Unis truster la première place : https://www.worldsportranking.info/

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