Les brodeuses au Liban, une mémoire dans le fil
Une aiguille traverse le tissu, ressort quelques millimètres plus loin, revient, repart. Le geste semble minuscule, presque silencieux, mais il peut se répéter pendant des heures jusqu’à faire apparaître un motif, un galon, une bordure, parfois toute une composition. Pendant longtemps, au Liban, cette patience a surtout vécu dans les ...
La marqueterie, l’art de fabriquer le trictrac
À première vue, ce n’est qu’un damier. Mais lorsqu’on s’en approche, la surface se fragmente en dizaines de pièces minuscules, baguettes de bois teinté, éclats de nacre, filets décoratifs, étoiles et losanges répétés avec une précision presque géométrique. Sur les tables de trictrac libanaises, le décor n’est pas imprimé. ...
Le Liban, au temps des métiers à tisser
Devant le métier à tisser, rien ne semble aller vite. Les fils sont tendus dans la longueur, la navette passe d’un côté à l’autre, les pédales soulèvent alternativement une partie de la chaîne, puis le battant resserre chaque nouvelle ligne. Le geste recommence jusqu’à ce que les fils séparés deviennent une étoffe. Là où une ...
Beyrouth, les derniers étameurs
Une vieille marmite en cuivre, noircie, rayée, dont l’intérieur laisse apparaître le métal nu. Pour beaucoup, l’objet semble arrivé au bout de sa vie. Pour l’étameur, il suffit parfois d’un nouveau passage par le feu. Il décape, chauffe, étale une fine couche d’étain, polit, puis rend au récipient cette surface claire qui lui a ...
Bourj Hammoud, ceux qui réparent encore les meubles
Une chaise dont le pied ne tient plus, un fauteuil au tissu déchiré, une table fendue, une commode dont le placage se soulève. Dans beaucoup de maisons, ces accidents annoncent désormais la fin de l’objet. À Bourj Hammoud, quelques ateliers continuent pourtant de répondre autrement. On ...
Bourj Hammoud, les derniers cordonniers
Une semelle décollée, un talon usé, une fermeture cassée. Il y a quelques années, beaucoup auraient simplement remplacé la paire. Aujourd’hui, réparer redevient souvent plus avantageux que racheter, et les petites échoppes de cordonniers retrouvent une fonction que la consommation de masse semblait avoir reléguée au passé. Le paradoxe ...
Tripoli, quand le savon se faisait au khan
À Tripoli, le savon commence bien avant le pain blanc ou parfumé posé sur l’étal. Il faut de l’huile, un produit alcalin, de la chaleur, un chaudron et surtout du temps. La pâte doit cuire, refroidir, durcir, être découpée puis sécher suffisamment longtemps avant de pouvoir être utilisée. Pendant des siècles, cette succession de ...
Tripoli, le cuivre au rythme du marteau
Autrefois, il fallait presque hausser la voix pour traverser la rue des cuivriers. Les marteaux frappaient le métal d’un atelier à l’autre et le bruit finissait par se confondre avec celui du souk. À Tripoli, le cuivre n’était pas seulement une marchandise. Il occupait des familles entières et entrait dans les cuisines, les cafés et ...
«The Odyssey» de Nolan, et «Kill Bill» de Tarantino: le sang et les retrouvailles
Il faut apparemment choisir son camp. Défendre Homère contre Nolan, ou saluer Nolan au risque de verser dans l’admiration aveugle. Loin de lui signer un chèque en blanc, on est allé voir The Odyssey avec des préjugés, sans être particulièrement amateur de son cinéma. On en est pourtant sorti séduit, conquis même, sans renoncer à ...
Sarafand, le dernier souffle du verre
Au bout de la canne, le verre n’a encore aucune forme. C’est une masse orange, presque liquide, qui menace de s’affaisser dès que le mouvement ralentit. L’artisan tourne sans cesse le long tube métallique, souffle doucement, rapproche la matière du four, la reprend avec ses outils, souffle encore. Quelques minutes suffisent pour ...