Un matin de 2018, Frédéric Beigbeder retrouve son domicile vandalisé, des activistes ont peint “Ici vit un violeur” sur sa façade. Il faut tenter d’expliquer ça à sa fille de trois ans… L’écrivain vient de signer la pétition des “343 salauds” contre la pénalisation des clients de prostituées et paye la aussi toute sa liberté de ton, adulée par certains, détestée par beaucoup d’autres qui la considèrent comme une provocation d’un autre temps, une marque de cynisme supplémentaire d’un représentant de la génération X…
Frédéric Beigbeder livre dans ses Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé une charge efficace, mais jamais violente, et encore moins rageuse, contre une époque qui veut “canceller”, c’est-à-dire bannir, boycotter, effacer, tout ce qui représenterait le “Vieux mâle blanc privilégié”, ce nouveau “Super-vilain” – antagoniste du “Super-héros”, figure pratique pour une époque manichéenne comme dans une BD de Comics ou un film d’une franchise Marvel.
Dans cette lutte – car il s’agit bien de cela dans la pratique militante actuelle d’un certain féminisme, Frédéric Beigbeder ne veut surtout pas se faire le porte-parole opposé d’un “masculinisme” triomphant, un peu comme le personnage d’Al Bundy dans la sitcom culte des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix : “Mariés, deux enfants”, qui crée une organisation secrète antiféministe le NO MA’AM (National Organization of Men Against Amazonian Masterhood)…
Non, Frédéric Beigbeder appelle au contraire à l’équilibre entre les sexes :

Je prétends être un connard sensible, qui fait des efforts vestimentaires et se lave régulièrement avec du savon parfumé. Je suis un barbu muni de testicules mais qui se croit éloigné du gorille. Je revendique l’élégance de la condition masculine, qui n’est ni supérieure ni inférieure à la condition féminine. Simplement égale, et en tant que telle digne de respect et d’amour. Je hais les hommes qui méprisent les femmes ; d’ailleurs, ils n’ont aucun succès avec elles. Mais je hais tout autant les femmes qui méprisent les hommes.

Cette démonstration d’altérité est pourtant insupportable aux militants “éveillés” du Wokisme pour lesquels il ne peut y avoir qu’une séparation simpliste entre les bons et les méchants. Frédéric Beigbeder est assigné à résidence dans le camp de ces derniers, au nom de toute son œuvre considérée comme provocatrice et ironique, deux qualités bien anachroniques dans une époque qui s’offense de tout :

Moraliser le monde est souhaitable, aseptiser la littérature ne l’est pas. (…) Le message de toute mon œuvre peut être condensé en cet appel solennel : Ô FRÈRES HUMAINS, RÉSISTONS DEVANT L’ADVERSITÉ DE LA GUIMAUVE.

Il faut reconnaître que le “personnage” Frédéric Beigbeder qu’on retrouve sur les plateaux de télévision a trop souvent fait oublier l’auteur talentueux qu’il est, comme il l’a démontré l’an passé avec le magnifique roman Un barrage contre l’Atlantique chroniqué ici même.
Comme dans ce livre qui mêle habilement la forme et le fond avec une belle comparaison entre la montée des eaux et la vie qui passe trop vite, il y a finalement beaucoup de mélancolie et de sérieux aujourd’hui aussi dans ses Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé. Même si forcément l’auteur de 99 francs ne peut s’empêcher beaucoup d’humour et surtout d’autodérision comme avec cette mention sous son nom en exergue “quasiment de l’Académie française”

La lecture de ce plaidoyer contre la déconstruction punitive des hommes, donne au final l’envie de peinturlurer la façade de sa maison avec un grand “Merci !”, au nom de tous les hommes… Et de toutes les femmes qui préféreront toujours ce qu’il nomme si joliment le “dialogue merveilleux” à une nouvelle guerre puritaine des sexes.

Frédéric Beigbeder, Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé : récit, Albin Michel, 05/04/2023, 1 vol. (163 p.), 19,90€.

Chroniqueur : Olivier Amiel

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