Les yeux adultes, fixes, bas. Tu n’oublies pas leurs yeux qui te regardent que tu évites de regarder. Regard des hommes, le voisin, l’épicier du quartier. Tu connais les prénoms et leur regard sur toi. L’ami du père, l’oncle. Yeux des hommes sur ton corps. Petite fille arrêtée. Leurs yeux ne croisent pas ton regard, ils évitent tes yeux bavards, ce que tu ne dis pas. Tu es masse serrée, corps à regarder. Tu perds bras, os, perds pieds et genoux, perds corps. Leurs clins d’œil vers toi, ils parlent à qui, complices de quoi.

Regards d’inconnus, font le tour de toi, comme cordes et ton bassin cloué. Aqueuses chaînes étranglent et broient. Regards papillons dans tes cheveux, t’effleurent t’envahissent. Ta jupe est belle, tu es belle. Le mouvement des paupières parle, comme lèvres chuchotent. Certains ont des façons furtives et c’est pire encore. Regards de biais devancent ta fuite. Yeux bleus ou marron, voient-ils les mêmes gens, les mêmes enfants. Couleurs du monde s’y noient. Toi. Les grands yeux, les plus petits. Yeux enfoncés. Les ronds. Certains se referment quand ça sourit. Ceux qui clignent sans cesse, les immobiles. Les doux, dégoût. Regards armés, comme feu parfois. Es-tu la même sur toutes les pupilles. Ceux qui supplient ou s’excusent déjà, s’excusent de quoi. Petite ne comprend pas.

Tu n’aimes pas les verres sombres, lunettes de soleil qui font nuit. Pourquoi la nuit si soleil. Pourquoi les lunettes si vous êtes dedans. Verres masquent leurs yeux, quand seul ton reflet déformé. Que disent les yeux derrière l’opacité. Les oreilles aussi t’attrapent. Entendue vue figée. Yeux et oreilles comme doigts. Yeux. Des mains yeux sur toi. La bouche comme yeux regarde. Son souffle chaud. Paupières fêlées se referment sur toi. T’encagent dans leurs larmes sans tristesse. Pourquoi les larmes quand ça ne pleure pas. Leur regard est peau contre la tienne, langue te mange, leurs yeux sur tes cuisses.

Et ton odeur. Ils voient ton odeur, traînent. Leurs regards mi-clos sur ton cou, tes bras. ta peau effeuillée, tu n’es pas un gâteau, petite ne comprend pas. Billes obscures, regards et yeux qui suivent tes mollets, quelles jambes te prennent, te retiennent quand ils regardent. Il est comment ton corps et le ventre. Ton ventre. Ton ventre qui bat, supplie, le voit-on sursauter. L’odeur de ton sang en gorge. Ton goût exposé. Que dégustent-ils de toi.

Leurs yeux comme lames tenaillent tes mains, on ne repousse pas les yeux, on les évite, il suffirait de ne pas les voir pour que ça cesse. Tu bouges, recules te décales, ça suit te traque. Tu t’arrêtes, ça s’agite, toi. Tes os entre leurs dents qui regardent et sourient, puissance sans joie. Tu bouges et les entraînes dans tes ombres scellées. Leurs regards ne renoncent pas, engluent. Nausée effroi. Leurs yeux griffent marquent restent. Leurs regards tètent, tu es sans eau. Ton cœur sec, serais-tu sans cœur petite, tu n’as pas de larmes. Tu ne comprends pas.

Le dedans de toi invisible, ils ne voient pas. Tu es belle, peau douce, tes cuisses, ta robe. Ton cou nu. Ça regarde. Leurs yeux miroir de craie, toi effacée. Tu n’es pas. Tu connais les prénoms et leurs regards sur toi. Ça voit quoi, un regard soustrait?

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