Le FMI s’est penché assidument dès 2011 sur le ‘cas libanais’, comme sur un malade chronique qui, en plus, ne veut pas guérir. Il a fait de bons diagnostics, mais ne semble pas avoir décelé la gravité de la situation. Porte-t-il alors une part de responsabilité?

Le Fonds monétaire international (FMI) a publié de 2011 à 2019 cinq rapports sur le Liban, montrant bien que la situation se détériorait, mais n’a pas pu prévoir l’ampleur des pertes du système financier, les prémices de la chute de la livre, ou encore l’incapacité de la Banque centrale (BDL) à fournir des liquidités aux banques commerciales.

Le FMI a réalisé depuis 2011, dès les premiers signes de la crise, six missions sous ce qu’on appelle l’article IV, soulignant à répétition les vices du système, ainsi que ses forces. Mais cinq rapports seulement ont été publiés. Le sixième, en 2018, a été occulté, dans ce qui semble être ‘une entente’ entre l’organisme international et les autorités locales.

Mais revenons au moins aux contenus des 5 rapports publiés, pour déceler ce qui a été repéré par le FMI, et ce qui a été omis ou même dissimulé. Ceci est utile dans la mesure où l’on entame maintenant les négociations officielles avec le FMI, un sujet d’ailleurs de discorde entre ceux qui voient en lui une référence absolue, et ceux qui le diabolisent à souhait. Mais peu se posent la question: est-ce que le FMI porte une part de responsabilité dans l’écroulement du notre système financier, pour n’avoir pas su être intransigeant et suffisamment explicite sur l’imminence de la crise? En attendant, voyons en bref ce que l’organisme international a réellement dit au cours des 10 dernières années, sur chacun des thèmes suivants.

Banque centrale. Le FMI n’a pas prédit ce niveau de pertes dans la situation financière de la BDL. Dans chacun des rapports, dont le dernier début 2019, il a loué la capacité de la BDL à maintenir la stabilité financière, mais tout en affirmant la nécessité de renforcer sa structure financière. Il a également vu d’un bon œil la capacité de la BDL à attirer les dépôts, alors qu’il savait bien que cet argent allait financer le déficit abyssal du budget public. Il a cependant recommandé à la BDL de réduire graduellement sa politique de subvention aux crédits immobiliers et aux entreprises, financée par les exemptions des réserves obligatoires.

Maintien d’un taux de change fixe. Le FMI a appuyé cette politique, gage de stabilité, même quand il savait que le taux était devenu illusoire. Il a cependant appelé à consolider les réserves monétaires afin de pouvoir renforcer cette stabilité sans risque.

Dettes en devises. Le Fonds a soutenu l’endettement en devises, qui a pour effet de réduire la dépendance de l’État vis-à-vis de la BDL, de profiter de la liquidité disponible dans les banques commerciales et des taux réduits d’intérêt sur le marché international.

Ingénieries financières.  Le Fonds a considéré que les ingénieries financières réalisées par la BDL ont bien réussi à renforcer ses réserves, à soutenir le taux de change, à capitaliser les banques, à réduire le coût de l’endettement public, et à assurer des liquidités au secteur privé. Mais il a soutenu que de telles ingénieries ne pourraient constituer une solution pérenne, et a conseillé de revenir à une politique plus conventionnelle, pour éviter le risque d’amplifier les engagements de la BDL en devises étrangères.

Secteur bancaire. Le FMI a jugé que ce secteur était solide, et poursuit une politique conservatrice. Il n’a prédit aucun scénario qui mènerait à imposer des restrictions bancaires draconiennes, et n’a pas prévu que la BDL sera dans ce cas incapable de jouer son rôle de créditeur de dernier recours.

Compte courant. Le FMI avait pensé que le déficit de ce compte allait se réduire avec le temps et la croissance des exportations, alors que c’est le contraire qui s’est passé.

Déficit budgétaire. Le Fonds n’a cessé d’appeler les autorités à réduire le déficit de l’État, et de contenir la dette, pour la réduire ensuite jusqu’à 100% du PIB. Il n’a pas avalisé l’augmentation des salaires des fonctionnaires, surtout en l’absence de revenus suffisants. Il a soutenu qu’aucun financement provenant des bailleurs de fonds ou du potentiel gazier ne peut suffire en l’absence de réformes structurelles.

Electricité. Le FMI a bien saisi que les intérêts privés ont empêché ce secteur de démarrer. Il a soutenu que si l’on arrive à accroitre la fourniture du courant, les bénéfices seront immédiats sur le développement du secteur privé, les revenus, la balance des paiements, et le déficit financier. Il a appelé à augmenter les tarifs et à cesser les subventions.

Crise syrienne. Le Fonds a été le premier à mettre en garde contre les effets néfastes sur le Liban de la crise syrienne dans tous les domaines de la vie économique. Ainsi, il a appelé la communauté internationale à soutenir le Liban dans ce cadre.

Statistiques. Le FMI n’a cessé de dire que nos statistiques souffrent d’un déficit dangereux, surtout au niveau des comptes nationaux, du commerce international, et des finances. Il a aussi remarqué que la BDL ne publie pas des rapports financiers complets.

(*) Ramzi al-Hafez est un chercheur et un éditeur économique. Cet extrait est un petit résumé d’une publication récente de l’auteur, en langue anglaise, sous le titre ‘IMF’s Crystal Ball: What it saw, didn’t see, and when’.

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