Ce jeudi 24 novembre 2022, un jury composé de 13 lycéens délégués, a décerné le prestigieux prix "Goncourt des lycéens 2022", à Sabyl Ghossoub. L’écrivain et journaliste libanais a été élu au second tour du scrutin en raflant 7 voix contre 4 pour le roman de Nathan Devers Les liens artificiels éditions Albin Michel.

Credit photo: Patrice Normand

On l’avait écrit il y a un mois, à l’occasion d’un entretien accordé à Ici Beyrouth par Sabyl Ghossoub. Son ouvrage Beyrouth-sur-Seine éditions Stock "a de fortes chances de remporter le prix Goncourt des lycéens 2022".

Selon la tradition en vogue depuis la création du Goncourt des lycéens en 1988, l’annonce des livres retenus pour ce prix par les académiciens est suivie en général par la remise des œuvres aux élèves d’une cinquantaine de classes, afin de lire et d’analyser les nouveaux romans sélectionnés avec l’aide des enseignants. Les élèves de tous les lycées sont concernés, que ce soit les lycées généraux, technologiques agricoles, ou les centres pénitentiaires de la 2nde aux classes de BTS, au même titre que les établissements de l’agence de l’enseignement du français à l’étranger et ceux de la mission laïque française. L’étape suivante consiste à élire un délégué pour présenter les livres gagnants et les défendre. À l’issue des délibérations régionales, englobant cette année Nantes, Lyon, Paris, Metz, Marseille, Rennes, le prix Goncourt des lycéens est annoncé publiquement.

Après deux mois de délibération autour des quinze romans figurant dans la première sélection de la liste Goncourt des lycéens 2022, les délégués se sont réunis à huis clos pour départager la liste des quatre finalistes. La proclamation du prix a eu lieu jeudi 24 novembre vers 13h à l’Hôtel de ville de Rennes par la lycéenne Blondine Lebrequier, en classe de terminale.

La thématique et le contenu de Beyrouth-sur-Seine.

Quoiqu’on lise de Beyrouth-sur-Seine, on ne peut que se réjouir de la victoire d’un écrivain libanais. Beyrouth-sur-Seine est le troisième ouvrage de Sabyl Ghossoub après le Nez juif et Beyrouth entre parenthèses parus tous les deux aux éditions de l’Antilope. C’est une autofiction inspirée de la vie réelle des parents de l’auteur, issus de familles rivales en politique, les frères de la mère du narrateur étant pro-palestiniens et ceux du père, phalangistes. Celui qui dit “je” se met dans la peau des différents personnages antagonistes et raconte l’histoire de l’exil de ses parents, fuyant les conflits et la guerre libanaise sanguinaire. Le questionnement oscille entre l’histoire d’amour des parents et leur tentative de s’adapter à la Ville Lumière qu’ils parent de leurs souvenirs beyrouthins pour supporter l’exil et la séparation, et, l’histoire du Liban miné par les divisions et les guerres les plus absurdes.

Interrogé dernièrement par Ici Beyrouth, sur l’image négative du président assassiné Bachir Gemayel véhiculée dans le livre, Sabyl Ghossoub s’était défendu en disant: “Je ne suis ni le porte-parole de la famille Joumblatt, ni de la famille Gemayel ni d’autres familles. Je comprends que certaines personnes soient heurtées par la façon avec laquelle j’ai décrit Walid Joumblatt ou Bachir Gemayel. Je n’écris pas pour dire que c’est la vérité de Bachir Gemayel ".

En effet, le narrateur dans Beyrouth-sur-Seine est assez provocant: “Aller à l’encontre des siens me semble être l’une des seules positions respectables. Je tire une certaine fierté que ces hommes aient défendu les Palestiniens et leurs alliés face aux leurs, des chrétiens”. Ainsi, on se demande comment les lycéens ont pu comprendre la complexité des clans libanais et leurs paradoxes ou est-ce tout simplement le désir des jeunes de renouer avec les racines en refusant la guerre et ses atroces séquelles?

Pour les Libanais(es) qui ont vécu la violence, les massacres et les conflits et qui affrontent aujourd’hui l’exode massif de leurs jeunes progénitures vers les différents pays d’accueil, il reste un point lumineux dans ce livre, représenté par la volonté du narrateur de venger ses parents, de comprendre leurs souffrances, de désirer ardemment appartenir à leur lignée, par les différents liens de la ressemblance et du sang: “Je ressemble de plus en plus à mes parents et je m’en réjouis. Ils ne me quitteront plus jamais même après leur décès, je n’aurai qu’à me regarder et m’écouter pour les retrouver dans mes gestes et mes mots. Ils continueront à vivre en moi”.

Le roman de Nathan Devers et le prix Goncourt des lycéens 2021

Le roman Les liens artificiels qui était en compétition avec le livre gagnant, raconte l’enlisement du héros Julien dans une vie où les échecs professionnels et sentimentaux se suivent sans se ressembler. En quête d’une solution miraculeuse, il tombe sur le monde virtuel, celui de métaverse, où tout est possible. Cependant il ne fait que plonger dans les dédales de l’antimonde, le monde labyrinthique d’où l’émergence est ardue. Le Goncourt des lycéens 2021 remporté par Clara Dupont Monod, avait montré clairement le besoin des lycéens de retourner aux thèmes classiques et aux valeurs familiales négligées longtemps par le roman moderne. À partir du sentiment de responsabilité qui fonde les liens fraternels, le thème de l’inadaptation et de la différence est transcendé par des rapports ouverts sur une altérité sereine et enrichissante.

Abonnez-vous à notre newsletter

Newsletter signup

Please wait...

Merci de vous être inscrit !