Avant même l’ouverture officielle du Festival, la projection de la version tout juste restaurée du film sorti en 1973, en noir et blanc, La Maman et la Putain a fait l’événement de la section Cannes Classics, avant de ressortir en salles le 8 juin. Il s’agit d’un chef-d’œuvre de la Nouvelle Vague entré dans la légende. Film demeuré très confidentiel depuis un demi-siècle, La Maman et la Putain de Jean Eustache, témoigne des relations hommes-femmes post-mai 68.

Acteur iconique de la Nouvelle Vague, Jean-Pierre Léaud, le Antoine Doinel de Truffaut, qui fêtera ses 78 ans à la fin du mois et interprète le jeune Alexandre, un dandy angoissé au centre d’un triangle amoureux, était présent dans la salle. Françoise Lebrun, 77 ans, qui interprète l’une des jeunes amantes d’Alexandre, Veronika, également. Le réalisateur, Jean Eustache, s’est suicidé en 1981, et la troisième interprète, Bernadette Lafont, qui joue Marie, est décédée en 2013.
Cinq décennies après la sortie du film, séquence émotion dans la salle qui a ovationné Jean-Pierre Léaud et Françoise Lebrun, à la fin des 03h40 de projection.

Cinquante ans après, que reste-t-il du parfum de scandale de ce film, dont l’interdiction aux moins de 18 ans ne sera levée que six mois après la mort de son réalisateur ?

En 1973, La Maman et la Putain, ses tirades légendaires et son triangle amoureux, devisant sans fard sur l’amour libre ou l’avortement, avait profondément divisé. Le film était reparti de Cannes avec un " Grand prix spécial du jury ", malgré l’opposition de sa présidente Ingrid Bergman, qui trouve l’œuvre " ignoble ".

Il entrait dans la légende de la Croisette, avec ses spectateurs hurlant soit au scandale immoral, soit au chef-d’œuvre d’une liberté folle, et une bousculade mémorable entre sifflets et applaudissements à la sortie. Mais le film n’a ensuite quasiment plus été vu.
Boris Eustache, le fils de Jean, qui en contrôle les droits, veillait de façon à ce que l’ensemble de l’œuvre de son père soit restaurée, et pas seulement La Maman.

C’est chose faite grâce aux Films du Losange, entreprise fondée dans les années 1960 par Barbet Schroeder pour produire Éric Rohmer, et qui compte à son catalogue des légendes de la Nouvelle Vague, de Rivette à Godard. L’ensemble de l’œuvre d’Eustache sera restaurée, d’ici l’an prochain, avec l’aide du CNC.

Pour Régine Vial, dirigeante des films du Losange, il devenait urgent d’agir : " le photochimique s’abîme avec le temps ", et l’œuvre, jamais numérisée, menaçait de disparaître ", explique-t-elle.

Tourné sur le vif et à l’économie, en sept semaines et en exigeant des acteurs un respect presque maladif du texte, La Maman et la Putain appartient " au “panthéon cinématographique”, mais son aura s’étend bien au-delà des frontières hexagonales, souligne-t-elle.

Il a inspiré des générations de réalisateurs, dont Jim Jarmusch, qui a dédié son Broken Flowers à Jean Eustache. En France aussi, le film a laissé sa trace chez Arnaud Desplechin, “très marqué par l’art du dialogue” et qui reconnaît une influence dès l’un de ses premiers films, “Comment je me suis disputé… (Ma vie sexuelle) (1996)”

“C’est un film séminal, qui a inventé une part du cinéma”, explique le réalisateur, en compétition à Cannes pour Frère et Sœur. “Le fait qu’il soit à nouveau visible est une excellente nouvelle pour les jeunes générations, qui ne le connaissent que de légende”.

Quant à Michel Hazanavicius, qui fait l’ouverture officielle du festival mardi soir avec Coupez ! il explique avoir “cherché à le voir, mais ne jamais y être parvenu”.
“C’est la honte !”, sourit le réalisateur oscarisé de The Artist : “c’est un film mythique, pouvoir le revoir au cinéma, ça va être génial”.

AFP

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