La montée des extrêmes en Occident, notamment en Europe, attisée par les discours haineux, l’islamophobie ainsi que l’inquiétude croissante face aux vagues successives d’immigration, tant légale qu’illégale, est pour le moins inquiétante. Le Liban, de son côté, n’est pas à l’abri d’une telle mouvance qui n’est pas sans avoir des répercussions négatives sur la nature intrinsèque et singulière du pays, qui repose sur des équilibres sensibles et précaires.

Au Liban, les facteurs locaux et externes qui ont contribué au recul de la gauche, sans compter les raisons propres à l’idéologie de gauche, sont pléthore. Parallèlement, les propositions avancées par la droite libanaise, qui prône une approche selon laquelle religion, sectarisme et confessionnalisme s’entremêlent, se traduisent par une intolérance et un repli galopants qui menacent la coexistence entre les Libanais et la mettent en péril.

Par ailleurs, même si les Libanais conviennent que la performance de certaines figures emblématiques du système politique actuel qui pratiquent l’obstruction institutionnelle de manière systématique n’est pas à la hauteur de leurs ambitions et aspirations, cependant, leur soumettre des propositions qui, pour le moins, les conduisent au suicide politique collectif, n’est pas la panacée non plus.

À ce titre, parmi les propositions en question, le fédéralisme revient en force, bien qu’il soit difficile à mettre en œuvre au Liban en raison de l’absence de consensus libanais historique concernant les politiques étrangères et de défense, qui constituent une condition sine quoi none pour le succès d’un système fédéral. Force est de rappeler que les divergences libanaises s’agissant de la stratégie de défense s’expliquent par la présence d’armes hors du cadre légal de l’État, ainsi que par l’absence de consensus sur le rôle du Liban dans la région et la politique de neutralité, entre autres sujets à controverse, et pour le moins explosifs.

Les chantres du fédéralisme soulèvent cette question sans ambages.  De leur point de vue, les cantons proposés seraient établis sur une base sectaire et confessionnelle. Cependant, ces derniers savent pertinemment que les régions libanaises sont dans leur ensemble multiconfessionnelles sauf dans quelques rares exceptions. Concrètement, une telle configuration provoquerait un exode des habitants d’un canton vers un autre et éliminerait le brassage existant au profit d’une ghettoïsation purement sectaire. D’où la question : ces cantons sectaires seront-ils en mesure de coexister dans la paix et l’harmonie ?

Certes, la formule politique libanaise est loin d’être idéale et ne répond pas aux aspirations des Libanais de vivre dans une patrie prospère. Néanmoins, préserver cette formule unitaire libanaise, malgré ses écueils, maintient une certaine cohésion entre les différentes parties et leurs propositions politiques contradictoires. Partant, pourquoi cherche-t-on à remplacer ce système par un autre bien pire ?

Plus sensible encore… Les propositions d’extrême droite exhument l’identité phénicienne du Liban et l’évoquent, délibérément ou pas, à un moment où le Liban connaît un isolement politique et économique sans précédent sur la scène arabe, notamment après la détérioration de ses relations avec les pays arabes en raison de la politique inconsidérée menée par certains acteurs locaux au service de leurs agendas régionaux.

La mise en avant de l’identité phénicienne du Liban reviendrait inévitablement à renier l’identité arabe du Liban, tranchée au terme de conflits sanglants qui se sont poursuivis pendant des décennies et qui ont abouti au document d’entente nationale, connu sous le nom des accords de Taëf, dont les dispositions figurent désormais dans la Constitution libanaise.

Si l’objectif de ces propositions vise à faire revivre un patrimoine culturel ou religieux ancien, alors celui-ci est garanti dans le cadre de la Constitution (que ces groupes veulent remettre en question) au nom des sacro-saintes libertés religieuses auxquelles, soit dit en passant, il est inacceptable de porter atteinte pour quelques raisons que ce soit. En revanche, si le but est de porter un coup à la coexistence au Liban en ravivant les discours sectaires et confessionnels, alors c’est jouer avec le feu au risque de se brûler les doigts.

Dans le contexte actuel, il serait peut-être préférable de chercher à consolider l’identité libanaise et non à la déconstruire. Certes, notre identité est mise à mal en raison de tous les dangers inhérents aux projets régionaux expansionnistes qui visent à restaurer la gloire d’un empire bien lointain. Mais le Liban ne peut plus assumer les retombées d’aventures qui le propulseraient dans une autre dimension. La Constitution, s’il fallait le rappeler, stipule explicitement que le Liban est arabe dans son identité et son appartenance.

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