Avant l’offensive russe contre l’Ukraine, le débat politique battait son plein dans les capitales occidentales autour des développements extrêmement négatifs au Moyen-Orient, où les crises et les symptômes maladifs se multipliaient, exacerbant les tensions, notamment au Liban, en Syrie, au Yémen et en Irak. Ces quatre pays ont ceci en commun que le rôle de l’État central y est hypothéqué par les agents locaux de forces régionales, en l’occurrence l’Iran, ce qui barre la voie à l’émergence d’un État au vrai sens du terme.

Les problèmes identifiés par l’Occident dans ces pays sont les mêmes : le confessionnalisme qui s’est infiltré dans tous les domaines de la société, la colère populaire grandissante face à des gouvernements qui ne sont pas réellement représentatifs et à l’échec tonitruant de leurs politiques économiques, sans oublier bien entendu l’effet des interventions étrangères au niveau de l’alimentation des dissensions politiques, communautaires et sectaires.

De ce fait, les choix disponibles aux pays arabes ne sont pas entre une bonne et une mauvaise gouvernance ou entre une dictature et une démocratie, mais entre une forme de gouvernement impitoyable ou le chaos. L’oppression, le despotisme et la corruption sont ainsi devenus des caractéristiques de certains régimes arabes où les décisions et les choix politiques des peuples sont hypothéqués, ce qui explique la régression sans précédent de certains États de la région.

Le chaos dans la région ne peut être ainsi expliqué autrement que par la chute successive de nombre de gouvernements centraux dont le pouvoir légitime et naturel a fini par être remplacé par celui des forces du fait accompli qui ont progressivement développé leur influence, en appliquant une politique de grignotage insidieuse des prérogatives des autorités politiques, pour étendre leur pouvoir et hypothéquer des décisions du ressort de ces autorités. On cite principalement dans le cas du Liban, la décision de guerre et de paix que le Hezbollah s’est arrogé et qui relève normalement du pouvoir central.

Ce schéma, on le sait, expose les pays à de graves dangers ainsi qu’à des secousses récurrentes à chaque fois que l’intérêt de l’État est en opposition avec celui des forces du fait accompli, d’autant qu’une décentralisation au niveau de la sécurité et de la défense n’a jamais été un choix logique ou acceptable puisqu’elle mine forcément l’idée même d’un État ainsi que sa fonction principale.

Aussi, y-a-t-il peu de chances que la situation s’améliore dans la région tant que la résurgence d’États centraux est bloquée et qu’un terme n’est pas mis aux agissements des parties régionales qui minent l’autorité des pouvoirs locaux.

Aujourd’hui, il importe peu, compte-tenu de ce contexte, de savoir si la guerre entre la Russie et l’Ukraine va accélérer ou freiner les négociations de Vienne sur le nucléaire. Parce ce qu’un accord entre les Etats-Unis et Téhéran sur le nucléaire suppose un déblocage des fonds iraniens à l’étranger, c’est-à-dire, concrètement, un renflouage des instruments de l’Iran dans les pays qu’il satellise, dont le Liban. Il y a très peu de chances en effet que cet argent soit utilisé pour développer l’économie de la République islamique ou assurer un niveau de vie digne à une large frange de la population iranienne (60%) qui vit sous le seuil de la pauvreté, à cause de la politique expansionniste de son gouvernement qui assure un financement gigantesque à ses instruments au Liban, en Irak, au Yémen et en Syrie au détriment de son propre peuple. Ce qui importe, c’est que des garde-fous bien clairs soit posés aux parties et aux Etats qui phagocytent les autorités locales.

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