Le Front souverainiste pour le Liban a fait parvenir au Saint Siège " la voix des Libanais libres ", dénonçant " le comportement pétainiste du chef de l’Etat ". Il déclare poursuivre ses efforts en vue d’atteindre la souveraineté, le rétablissement des institutions étatiques et la neutralité prônée par Bkerké.

Le Front souverainiste pour le Liban a tenu mercredi une réunion extraordinaire à son siège de Sodeco pour dénoncer la démarche du président de la République, Michel Aoun, qui vise à blanchir l’image du Hezbollah et de l’axe iranien au Vatican. Le Front a ainsi souligné avoir prévu les répercussions néfastes de l’initiative de Michel Aoun, en tant qu’allié du Hezbollah. Une délégation du Front avait, dans cette intention, rencontré quelques jours avant le départ du président Aoun pour le Vatican, le jeudi 17, le Nonce apostolique à Harissa, lui remettant une lettre anticipative à l’adresse du Souverain Pontife.

Cette lettre expose la situation dramatique dans laquelle se débat le peuple libanais aujourd’hui. Elle présente aussi, et surtout, une liste de successions d’événements qui depuis 1990 ont amené la milice d’obédience iranienne à contourner la Constitution libanaise et la loi afin de phagocyter et d’assujettir toutes les institutions de l’Etat.

Le Front a ainsi dévoilé à l’adresse du Saint Siège la manière avec laquelle la milice iranienne du Hezbollah procède aux transformations culturelles et économiques du pays afin d’opérer des bouleversements géographiques et démographiques. L’exposé des faits a permis de faire la lumière sur ce projet machiavélique et de dévoiler ses collaborateurs au sein des institutions étatiques et parmi les plus hautes autorités de l’Etat.

Le but était clairement d’anticiper l’ignominie qui risquait de se produire lors de la visite du président de la République au Vatican. En plus de cette lettre détaillée, la délégation du Front a eu l’occasion de s’exprimer durant plus d’une heure et demi devant le Nonce apostolique Mgr Joseph Spiteri qui a fait part de sa profonde compassion en promettant de porter ce message à Sa Sainteté le pape François.

Pour une " région libre "

Ayant décrit, sous tous ses volets culturel, démographique, économique, éducatif et géographique, la dangerosité de la situation, le Front a également soulevé l’importance du projet de " région libre ", dépourvue d’armes, à l’abri des menaces et des intimidations proférées par le Hezbollah qui échappe désormais à tout contrôle. Face à son idéologie totalitaire, il devient urgent d’assurer une " région libre " capable d’assurer le minimum de vie normale afin d’arrêter l’hémorragie matérialisée par l’émigration démesurée de la jeunesse.  Cette solution est la seule capable de contrer le projet de la milice iranienne et de ses collaborateurs libanais, tout en évitant une guerre civile.

La réunion

Avant la lecture du communiqué devant la presse, le président du mouvement du Changement, Elie Mahfoud, a souligné la coïncidence entre la visite du président Michel Aoun et celle du patriarche Bechara Raï en Egypte, qui ont eu lieu au même moment. Pendant que le patriarche parlait au président égyptien Al-Sissi et au Cheikh du Al-Azhar de l’importance de la neutralité, mettant en évidence le caractère illégal des armes de la milice, voilà que le président tentait de brouiller toutes les pistes.

Selon Charles Jabbour, responsable de la communication au parti des Forces Libanaises, le Hezbollah cherche à reproduire une couverture juridique à l’image de la formule qui couvrait jadis l’occupant syrien.

En fin de compte, nous ne pouvons que constater que les Libanais et le monde retiendront de cette journée une impression insolite. En effet, le patriarche Raï a incarné le représentant légitime de la République libanaise tandis que le président Michel Aoun faisait figure de porte-parole de la milice iranienne du Hezbollah.

Le communiqué

Le communiqué publié à l’issue de la réunion de Sodeco a été lu par le député Eddy Abillama, en présence des représentants des partis politiques, des groupes souverainistes de la révolution et des personnalités qui composent le Front, telles que le général Achraf Riffi et le député Fouad Makhzoumi qui ont tenu à participer par l’intermédiaire de leurs délégués.

Eddy Abillama a d’abord présenté le caractère anticipatif de la lettre du Front remise à la nonciature apostolique et parvenue au Vatican à un moment crucial. Le communiqué a décrit " l’état de surprise et le choc des Libanais à l’annonce des déclarations de leur président devant le chef de l’Eglise ". " Alors qu’ils sont assaillis par le rationnement dans leurs besoins les plus élémentaires, alors que l’émigration disperse leurs familles, et que la famine est aux portes, ils s’attendaient à voir leur président demander des secours et du soutien, souligne le communiqué. Quelle ne fut leur surprise lorsqu’ils ont appris qu’il n’a fait que couvrir la milice qui les a dépouillés et qui continue à les spolier, une milice classée organisation terroriste, reconnue coupable par des tribunaux internationaux, et convoquée pour l’enquête judiciaire dans l’affaire de l’explosion du port de Beyrouth ".

" Mais le Vatican, enchaine le communiqué, est conscient des machinations qui visent à pousser les Libanais vers l’exode. Les propos déplacés du président n’auront donc pas l’effet escompté.  Le Front souverainiste, avec toutes ses composantes, continuera à contrer les diverses tentatives de déconstruction du Liban. Le soutient qu’il porte à l’initiative de Bkerké pour la neutralité, vise justement à contrecarrer les plans du président Michel Aoun qui cherche à entrainer le Liban vers l’Est et à le déconnecter de son environnement et de ses liens historiques et culturels avec l’Occident ".

Rappelons que le Front souverainiste a été formé le 29 septembre 2021. Il regroupe une vingtaine de formations souverainistes issues de la société civile ainsi que des personnalités et partis politiques tels que les Forces Libanaises, le Parti National Libéral, le Parti Syriaque International et les Gardiens du Cèdre. Le but de ce front est de dénoncer ouvertement la mainmise du Hezbollah sur le Liban, son État et ses institutions, et de mettre l’accent sur son rôle de bras armé de la République islamique d’Iran.